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Procès antitrust Amazon 2026 : impacts pour les vendeurs marketplace

• 8 min •
Le procès antitrust de la FTC contre Amazon pourrait redéfinir les règles pour les vendeurs tiers.

Introduction

Le 26 septembre 2026, la Federal Trade Commission (FTC) et 17 États américains ont déposé une plainte historique contre Amazon, l'accusant de maintenir illégalement un pouvoir de monopole sur les marchés en ligne [1]. Cette action en justice, la plus significative depuis l'affaire Microsoft dans les années 1990, a survécu à une motion de rejet en octobre 2026 [2]. En mars 2026, une audience cruciale sur les aspects économiques s'est tenue à Seattle [7], et en septembre 2026, la FTC a annoncé un accord historique de 2,5 milliards de dollars [3]. Mais au-delà des gros titres, que signifie cette affaire pour les centaines de milliers de vendeurs tiers qui dépendent d'Amazon pour toucher des clients ?

Cet article décrypte les enjeux du procès, les arguments des deux camps, et les conséquences pratiques pour les marketplace sellers. Nous verrons comment la définition du marché, les pratiques anti-concurrentielles alléguées et les remèdes potentiels pourraient remodeler l'écosystème du e-commerce.

Comment la FTC définit-elle le marché pertinent ?

La question centrale dans tout procès antitrust est celle de la définition du marché. La FTC doit prouver qu'Amazon détient un pouvoir de monopole sur un marché spécifique. Selon des analyses juridiques, ce point est un champ de bataille crucial [8].

La thèse de la FTC : deux marchés distincts

La FTC avance qu'Amazon domine deux marchés :

  1. Le marché des places de marché en ligne (online marketplace) : où les vendeurs tiers proposent leurs produits.
  2. Le marché des services de livraison (delivery services) : pour les commandes expédiées via Fulfillment by Amazon (FBA).

Selon la plainte, Amazon contrôlerait plus de 70 % des parts de ces marchés, ce qui lui conférerait un pouvoir de marché lui permettant d'imposer des conditions anticoncurrentielles aux vendeurs.

La contre-argumentation d'Amazon

Amazon conteste cette définition. Pour l'entreprise, le marché pertinent est bien plus vaste : il inclut tous les détaillants en ligne (Walmart, Target, Shopify, etc.) et même les magasins physiques. Dans sa réponse officielle, Amazon affirme que le procès de la FTC, s'il aboutissait, "entraînerait des prix plus élevés et des livraisons plus lentes" pour les consommateurs [5]. Des think tanks comme NetChoice estiment que la théorie économique de la FTC est fragile et que l'affaire "s'effondre sous l'examen économique" [4].

Quelles pratiques Amazon sont-elles contestées ?

La plainte de la FTC cible plusieurs pratiques d'Amazon qui, selon l'agence, nuisent à la concurrence et aux vendeurs tiers.

L'auto-préférence et le "Buy Box"

La FTC accuse Amazon de favoriser ses propres produits et ceux des vendeurs utilisant FBA dans le "Buy Box" (la boîte d'achat), qui génère l'écrasante majorité des ventes. Les vendeurs qui ne sont pas éligibles au Buy Box voient leurs ventes chuter, ce qui les oblige à souscrire à FBA.

Les clauses de parité tarifaire

Amazon imposerait des clauses empêchant les vendeurs de proposer des prix plus bas sur d'autres plateformes (Amazon, eBay, leur propre site). Selon la FTC, cela maintiendrait artificiellement des prix élevés et découragerait l'innovation.

Les frais excessifs

La FTC allègue qu'Amazon utilise sa position dominante pour imposer des frais de vente et de publicité toujours croissants. Les vendeurs seraient "coincés" : sans Amazon, ils perdent une part massive de leurs ventes ; avec Amazon, ils voient leurs marges s'éroder.

Quel est l'impact sur les vendeurs tiers aujourd'hui ?

Même avant le jugement final, l'affaire a des répercussions concrètes.

Un climat d'incertitude

Les vendeurs redoutent des changements brutaux. Si la FTC gagnait, Amazon pourrait être contrainte de modifier ses algorithmes, de réduire ses frais ou d'ouvrir ses données. Mais si Amazon gagnait, le statu quo serait maintenu, voire renforcé.

Des frais toujours plus élevés

En 2026-2026, les vendeurs ont vu une augmentation des frais de stockage, de référencement et de publicité. La plainte de la FTC a mis en lumière ces pratiques, mais n'a pas encore apporté de soulagement.

Vers une diversification ?

L'affaire encourage certains vendeurs à diversifier leurs canaux de vente : Shopify, Walmart Marketplace, voire des marketplaces européennes. Cependant, la puissance d'Amazon reste écrasante.

Quels sont les remèdes possibles ?

L'accord de 2,5 milliards de dollars

En septembre 2026, la FTC a annoncé un accord historique de 2,5 milliards de dollars [3]. Selon le communiqué, cet accord inclut des mesures correctives pour les vendeurs tiers, notamment :

  • Remboursement d'une partie des frais perçus abusivement : une enveloppe dédiée aux vendeurs lésés.
  • Assouplissement des clauses de parité : les vendeurs pourront proposer des prix plus bas ailleurs.
  • Transparence algorithmique : Amazon devra expliquer les critères du Buy Box.

Cependant, cet accord n'est pas un aveu de culpabilité. Amazon nie toujours les faits et conteste la définition du marché.

Les scénarios judiciaires possibles

Si l'affaire va jusqu'au procès, plusieurs issues sont envisageables :

| Scénario | Conséquences pour les vendeurs |

|----------|--------------------------------|

| Victoire totale de la FTC | Remèdes structurels (scission d'Amazon Logistics ?), baisse des frais, plus grande transparence |

| Décision partielle | Amendes et modifications des pratiques sans restructuration majeure |

| Victoire d'Amazon | Maintien du système actuel, possible hausse des frais pour compenser les frais juridiques |

| Accord à l'amiable | Amende et engagements volontaires, comme l'accord de 2026 |

Perspectives : et après ?

L'affaire FTC c. Amazon est emblématique d'une tendance mondiale : les régulateurs veulent encadrer les géants de la tech. En Europe, le Digital Markets Act impose déjà des règles similaires. Aux États-Unis, ce procès pourrait faire jurisprudence.

Pour les vendeurs, le message est clair : il est temps de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Même si Amazon reste incontournable, la diversification des canaux de vente et la construction d'une marque propre sont des stratégies prudentes.

En conclusion, le combat antitrust contre Amazon est loin d'être terminé. Les vendeurs doivent suivre de près l'évolution du dossier, car il déterminera en grande partie l'équilibre des forces sur le e-commerce pour les années à venir.


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